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Chemin de transformation | Path of Transformation

Le sujet de ma réflexion aujourd’hui m’est venu de deux façons différentes. Tout d’abord, quand on nous demande de préparer un témoignage, on nous le demande assez d’avance pour nous donner le temps de le réfléchir, de le mûrir. À chaque fois que je l’ai fait depuis le début de la pandémie, le processus a été le même : dès qu’on me le demande, je me mets à noter des idées, des observations, du ressenti au fil des jours. Ça peut être sur ma pratique physiologique, sur les changements que j’observe en moi, ou sur comment j’apprends à être dans cette organisation.

Chaque fois qu’on me le demande, je peux ainsi concrètement observer les enseignements de Maître Moy, à savoir que toutes les actions qu’on nous demande de poser, sont autant d’occasions d’apprentissage et que le processus est aussi important que le résultat.

C’est donc de trois petits événements, qui ont été pour moi porteurs de transformation, dont je vais vous parler.

Une première observation me vient de la pratique du chanting. Je me suis rendu compte que, depuis le début – et sûrement même avant qu’on en fasse sur Zoom, je cherchais à « performer » même si je n’étais vraiment pas un expert et qu’en fait, je n’y connaissais rien. Je me suis rendu compte que je voulais toujours avoir la bonne prononciation, avoir le ton juste, garder le rythme et projeter ma voix. Les « ratés » étaient continuels, et c’était une constante source de frustration pour moi.

Bien sûr, j’ai fait de petits progrès avec le temps, mais c’est comme si je finissais la plupart du temps un peu ou beaucoup déçu de moi. Un jour, j’ai pris conscience que, d’une certaine façon, je n’écoutais pas le chanting; j’ai tout à coup réalisé que je pouvais calmer mes attentes et, plutôt que de vouloir tout réussir, que je pouvais simplement écouter et suivre, comme on nous l’apprend dès notre première présence dans un groupe de débutants… Je me suis donc mis cette fois-là à simplement écouter et me laisser entraîner par les voix que j’entendais. C’est devenu tout à coup beaucoup plus facile, agréable et les frustrations ont disparu.

Cette simple observation me faisait réaliser à quel point il m’est difficile de m’abandonner, de faire confiance et de simplement suivre… L’aspect purement physique de la pratique du chanting s’est aussi un peu transformé suite à cela. Je le pratique à genoux depuis le début, mais je n’avais jamais vraiment observé quoi que ce soit en lien avec la position. Dernièrement, lorsque je me redresse, je sens que la poussée dans les genoux est identique à celle dans les pieds et qu’elle me fait redresser jusqu’en haut de la même façon.

Ma deuxième observation, c’est en lien avec ma plus grande capacité à m’abandonner et à faire confiance, c’est la transformation de mon attitude par rapport aux tâches ou actions qu’on me demande d’accomplir pour le FLK.

J’ai maintes fois entendu que le processus est aussi important que le résultat, qu’il faut voir plus large et plus loin que le strict mandat qu’on nous confie, mais mon premier réflexe est encore souvent de vouloir trouver des réponses et des solutions avant même d’avoir commencé à accomplir la tâche en question. C’est comme si, tout au long de ma vie, j’avais vécu avec cette idée, sans trop la remettre en question et sans vraiment voir les impacts qu’elle pouvait avoir sur mon anxiété, ma crainte de décevoir ou mon sentiment de « poids sur les épaules » que je peux avoir. C’est tout un apprentissage pour moi de me défaire, petit à petit, de cette vieille croyance et d’apprendre que ce n’est qu’ensemble dans cette organisation qu’on réalise les actions, bref qu’on n’est jamais seul.

Je sens que mon attitude change peu à peu… mais avec de fréquentes rechutes. Je viens tout juste d’en vivre une encore. On nous a confié, à une autre leader et moi, le rôle de coordonner une prise d’inventaire du matériel au Centre régional. On discute, on organise, les choses avancent, des LIT viennent contribuer, bref ça démarre bien. Après deux jours, je me mets cependant à m’inquiéter de comment on va colliger les données, organiser les photos, etc. Et le hamster est parti dans ma tête : ça m’obsède, je dois trouver des solutions, je fais des essais, je me réveille la nuit et j’y réfléchis… comme si je ne voyais plus le reste. Jusqu’à ce que je discute à nouveau avec ma collègue pour me rendre compte que les problèmes que je voyais sont bien réels, mais qu’on peut y trouver des solutions simples, que ces problèmes n’ont peut-être pas la place que je leur accorde et que, surtout, je perdais de vue l’essentiel de l’exercice qui n’est pas seulement d’avoir de jolis tableaux suite à un inventaire.

La troisième observation concerne ma pratique physiologique. Dans ma pratique quotidienne, j’essaie, j’expérimente différentes choses pour simplement observer ce qui se passe de différent. Depuis quelques mois, je me suis mis à pratiquer la poussée qui vient de la « source jaillissante » dans différents mouvements. J’ai assez vite constaté que, lorsque je mettais mon attention à pousser à partir de cet endroit précis, j’avais l’impression de me redresser davantage et que ce redressement allait jusqu’en haut de la tête. J’ai donc continué à pratiquer de cette façon jusqu’à ce que récemment je m’aperçoive que, dans les toryus entre autres, mes genoux émettaient de petits craquements suspects et pas toujours agréables. Je me demandais ce qui se passait. J’essayais de modifier et de me concentrer sur différentes choses : varier la longueur du pas, tenter d’être plus détendu… mais rien ne changeait, les craquements étaient toujours là. Je me suis tout à coup aperçu que je poussais bien de la « source jaillissante » mais que je ne poussais que de là. Dès les premières poussées que j’ai tenté de faire consciemment avec tout le pied, les craquements ont cessé. Ce petit évènement m’a révélé encore une fois un autre aspect de mon caractère : je peux parfois tellement m’entêter à faire quelque chose que la constance peut se transformer en entêtement ou en rigidité si je n’y porte pas attention.

Avec ces trois événements qui, en soi, sont des choses qui peuvent paraître mineures ou banales au premier abord, je voulais simplement illustrer que les arts qu’on pratique sont des révélateurs de ce que nous sommes, si on leur porte attention. Pour moi, ils sont les porteurs et les déclencheurs de la transformation.

J’ai aussi appris que la transformation n’est pas un aboutissement, un résultat final ou un acquis, ni que les leçons apprises le seront pour toujours. J’ai l’impression que je dois repasser souvent par le même chemin pour que la transformation prenne forme, un peu comme un sentier que l’on doit marcher fréquemment afin qu’il demeure un sentier.


The subject of my reflection today came to me in two different ways. First, when we are asked to prepare a testimony, we are asked far enough in advance to give us time to think about it, to mature it. Every time I’ve done this since the pandemic began, the process has been the same: as soon as I’m asked, I start writing down ideas, observations, feelings as the days go by. It can be about my physiological practice, about the changes I observe in myself, or about how I learn to be in this organization.

Each time I am asked, I can concretely observe the teachings of Master Moy, that all the actions we are asked to take are learning opportunities and that the process is as important as the result.

So I’m going to talk about three small events that have been transformative for me.

The first observation comes from the practice of chanting. I realized that, from the beginning – and probably even before it was done on Zoom – I was looking to “perform” even though I was not an expert and didn’t really know anything about it. I realized that I always wanted to get the pronunciation right, get the tone right, keep the rhythm right and project my voice. Of course, the “misses” were frequent and continuous, and this was a constant source of frustration for me.

I made small improvements in my practice over time, but it seemed like most of the time I ended up a little or a lot disappointed in myself. One day I realized that I was somehow not listening to the chanting; I suddenly realized that I could calm my expectations and, rather than trying to get it all right, that I could just listen and follow along, as we are taught from the first time we attend a beginners’ session… So that time I started to just listen and let the voices I heard carry me along. It suddenly became much easier, more enjoyable and the frustrations disappeared.

This simple observation made me realize how difficult it is for me to let go, to trust and just follow… The purely physical aspect of chanting has also changed a bit as a result. I’ve been doing it on my knees since the beginning, but I never really observed anything related to the position. Lately, when I stand up, I feel that the push in my knees is the same as the one in my feet and that it makes me stand up in the same way.

My second observation is related to my increased ability to surrender and trust, and to the transformation of my attitude towards the tasks or actions I am asked to perform for FLK.

I have heard many times that the process is as important as the outcome, that we need to think larger and further than the exact task we are given, but my first instinct is still often to want to find answers and solutions before I have even started to accomplish the task itself. It’s as if, throughout my life, I’ve lived with this idea, without questioning it too much and without really seeing the impact it could have on my anxiety, my fear of disappointing or my feeling of “weight on my shoulders”. It is quite a learning process for me to get rid, little by little, of this old belief and to learn that it is only together in this organization that we carry out our actions; in short that we are never alone.

I feel that my attitude is changing little by little… but with frequent relapses. I have just experienced another one. Another leader in training and I were given the role of coordinating an inventory of materials at the regional center. We talked, we organized; things moved forward, LITs came in to help, and things got off to a good start. After two days, however, I started to worry about how we were going to collect the data, organize the photos, etc. And the hamster is going in my head: I obsess about it, I have to find solutions, I try things out, I wake up at night and think about it… as if I don’t see the rest anymore. Until I talked to my colleague again and realized that the problems I was seeing are real, but that there are simple solutions, that these problems may not be as important as I thought they were, and that, most importantly, I was losing sight of the point of the exercise, which is not just to have pretty pictures after an inventory.

Another observation I made is about my physiological practice: in my daily practice, I try, I experiment with different things to simply observe what happens differently. A few months ago, I started practicing the push that comes from the “bubbling spring” in different movements. I noticed quite quickly that when I put my attention to pushing from that particular spot, I felt like I was straightening up more and that this straightening up went all the way to the top of my head. So I continued to practice this way until recently when I noticed that, in toryus and other exercises, my knees were making suspicious and not always pleasant cracking noises. I wondered what was going on. I tried to modify and concentrate on different things: vary the length of the step, try to be more relaxed… but nothing changed, the creaking was still there. I suddenly realized that I was indeed pushing from the “spring” but I was pushing only from there. As soon as I consciously tried to push with my whole foot, the cracking stopped. This little event revealed to me yet another aspect of my character: I can sometimes be so stubborn about doing something that consistency can turn into stubbornness or rigidity if I’m not careful.

With these three events, which in themselves are things that may seem minor or trivial at first, I simply wanted to illustrate that the arts we practice are revelations of who we are, if we pay attention to them. For me, they are the carriers and triggers of transformation.

I have also learned that transformation is not an outcome, an end result or a given, nor are the lessons learned forever. I feel like I have to walk the same path many times for transformation to take place, much like a trail that must be walked frequently for it to remain a trail.

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